De la gestation au sevrage des chatons

dans la race abyssine

 

 

Une gestation bien menée pour une mise bas sereine

La naissance des chatons

Le chaton de la naissance au sevrage

 

 

 

Une gestation bien menée pour une mise bas sereine    

 

 

Une mise bas c’est le miracle de la vie qui se révèle à nous. Cet instant est le moment le plus fort et le plus merveilleux de l’élevage. Pourtant il arrive que la mécanique se grippe et que tout bascule : le rêve et l’espérance tournent court, le bonheur n’est pas au rendez-vous.

En faisant de la reproduction nous faisons courir des risques à notre abyssine. Pour que tout se passe au mieux pour la maman et les bébés il ne faut pas partir à l’aventure sans avoir certaines connaissances et surtout un certain sens de l’observation.

 

On ne met pas à la saillie une chatte qui n'a pas atteint sa taille adulte, car la gestation demande à la mère un effort métabolique très important, que ne peut pas nécessairement assumer une toute jeune femelle elle même encore en croissance.

L’âge théorique idéal pour une première portée est de 18 mois, mais parfois, avec des abyssines qui ont eu leurs premières chaleurs très jeunes, parfois dès 5 mois, il est délicat de laisser les chaleurs s'enchaîner, surtout si elles sont rapprochées. Là, on peut envisager une saillie aux 3èmes chaleurs, même si la maman n'a pas 18 mois, à condition d'être particulièrement attentif à la qualité de l'alimentation pendant la gestation.

Pour faire face à une gestation la future mère doit commencer en forme physique et mentale, son environnement doit être chaleureux et paisible, avec possibilités de faire de l’exercice physique, il faut qu’elle se sente en confiance dans son milieu et avec vous.

 

On doit connaître le statut génétique des futurs reproducteurs pour la PKdef et pour la PRA afin de ne pas faire naître des chats qui feront ultérieurement des anémies mortelles (PKdef) ou qui perdront la vue (PRA).

Les géniteurs doivent avoir des tests FeLV et FIV récents. Il peut en outre être conseillé d’effectuer une recherche de coronavirus par PCR dans les selles.

Dès le début des chaleurs, pensez au déparasitage interne et externe et épointez les griffes.

Si la date des rappels de vaccins est à faire dans les trois mois, mieux vaut avancer cette date avant la saillie, afin d’éviter d’avoir à vacciner pendant la gestation ou en début d’allaitement.

 

Bien noter la date du début et de fin des chaleurs. Sans saillie, les chaleurs durent environ 10 jours, s’il y a eu saillie elles s’arrêtent en 3-4 jours. 

 

L’alimentation doit être de haute valeur nutritive. Rapidement, au plus tard à la seconde moitié de la gestation, on distribue à la future mère des croquettes de croissance.

Pesez la femelle régulièrement et au moins à J19 après la saillie et à J60. Contrairement à la plupart des autres espèces pour qui le gain de poids se fait surtout après le 1er tiers de la gestation, chez la chatte le poids augmente de façon linéaire de la conception jusqu’à la mise bas. La prise de poids en début de gestation correspond au stockage de réserves énergétiques sous forme de graisse pour le soutien de la lactation.

 

Les chattes qui présentent un poids corporel insuffisant à la mise bas peuvent manifester ultérieurement une lactation déficiente et une incapacité à maintenir leur état général.

Les chattes obèses quand à elles présentent des taux de dystocies (accouchements difficiles) et de mortinatalité plus élevés.

 

Le diagnostic de gestation peut se faire par échographie dès 17-18 jours et par palpation des ampoules fœtales vers le 23ème jour. Si une femelle est gestante ses tétines rosissent à partir du 19ème jours après la saillie

 

Durant le dernier tiers de la gestation, on peut commencer à caresser doucement les bébés dans le ventre de leur maman, ce qui permet en plus de les sentir bouger. Des bébés qui ont eu des contacts tactiles très tôt seront plus tolérants aux caresses.

On peut aussi observer visuellement les chatons bouger, cela donne une idée de leur vitalité, s’il bougent allègrement c’est que la gestation se passe bien. En cas de doute et si de surcroît la femelle a des pertes vulvaires, il vaut mieux consulter un vétérinaire pour qu’il fasse une échographie.

 

Pour avoir une idée du nombre de petits on peut appliquer une règle qui marche souvent, sans être pour autant la panacée : poids à J60 - poids à J19 en grammes divisé par 250.

 

Une radio après 45 jours permet de compter le nombre de chatons et de se faire une idée de leur taille.

Une échographie permet de s’assurer de leur vitalité

 

La gestation d’une chatte dure entre 60 et 70 jours, après la première saillie, avec une moyenne de 65 jours. La nidation, c'est-à-dire l’implantation du fœtus dans la paroi utérine, se fait à J13.

La durée de la gestation est inconstante chez un même animal. Un raccourcissement est fréquent s’il y a plusieurs chatons et un allongement s’il n’y en a qu’un.

 

 

En collaboration avec la future maman choisir un nid douillet. Certaines femelles abyssines ont une préférence pour les endroits couverts, ce qui fait qu’elles choisissent parfois de faire leurs bébés dans votre lit, sous les draps !. Il vaut mieux trouver un compromis : un endroit assez fermé mais pas trop quand même pour que l’on puisse aider à la mise bas et surveiller la portée.

Lorsque la date théorique de la mise bas est dépassée il faut se montrer vigilant tout en restant serein, il faut observer la chatte pendant de longues heures pour savoir où elle en est. Repérer les signes de coliques ou les contractions utérines, les pertes vulvaires, l’état général et les signes d’inquiétudes.

 

 

“ L’art de l’accoucheur est de savoir attendre "

 

Pourtant quand le terme est dépassé, ne pas hésiter à faire pratiquer échographie et/ou radiographie pour s’assurer qu’il n’y a pas de chaton mort. Si le 1er chaton qui doit sortir est mort, la mise bas aura beaucoup de mal à se faire parce qu’un chaton mort n’a plus aucun tonus et n’aidera pas pour sortir. Ce cas peut être une indication de césarienne.

Dans la race abyssine nous avons souvent des chattes très attachées à nous qui nous attendent pour mettre bas. Elles arrivent d’ailleurs très bien à nous faire comprendre que nous devons rester à leur chevet pendant toute la durée du part.

 

 

Les accidents possibles lors de la gestation

 

La torsion utérine. Lors de la seconde moitié de la gestation et jusqu'à deux semaines après la mise bas, une corne utérine (ou plus rarement les deux) peut effectuer une rotation sur son axe longitudinal. Étant donné la longueur des cornes utérines de la chatte et la relative lâcheté de ses mésos (qui en sont les ligaments suspenseurs) cet accident n’est pas rare. Le tableau clinique est dramatique, avec l’apparition d’une forte douleur abdominale; la chatte présente des efforts expulsifs intenses, mais aucun foetus, ni aucune perte vulvaire n'apparaît. Il y a un risque de rupture des vaisseaux utérins et de décès de la mère. Le vétérinaire fera d'urgence une césarienne  ou une ovariohystérectomie (retrait des ovaires et de l’utérus).

 

Les résorptions embryonnaires et les avortements dont les principales causes, surtout en collectivité, sont d’origine infectieuse.

Si la mort fœtale s’accompagne d’une infection de l’utérus et que la paroi utérine est endommagée, votre vétérinaire peut-être amené à pratiquer une ovariohystérectomie. La femelle ne portera plus.

 

 

Reproduction, attention danger !

Pour ne pas jouer avec le feu inutilement, il vaut mieux ne faire reproduire que les femelles à haute valeur génétique. Il faut tenir compte ensuite de sa fertilité, sa prolificité et sa facilité de mise bas, ainsi que de la viabilité des chatons et de son comportement maternel.

Les femelles non destinées à la reproduction peuvent être stérilisées avant même les premières chaleurs ou en tout cas rapidement après.

 

La naissance des chatons    

 

 

 

 

Le facteur déclencheur  de la parturition est un signal de fin de gestation d’origine fœtale.

La température ne chute pas comme chez la chienne et la vulve ne change pas d’aspect non plus, mais on peut observer parfois un écoulement limpide et incolore dans les dernières heures avant la mise bas.

 

 

Lors d’une mise bas les choses s’enchaînent ainsi :

 

Première phase

La phase de dilatation des voies génitales femelles suivie de la dilatation du col utérin.

Il existe des accidents de l’accouchement dus à un défaut de dilatation du col.

 

Deuxième phase

Une phase de contractions utérines (contractions automatiques et involontaires). Les fœtus sont expulsés de la corne utérine vers le corps de l’utérus puis du corps de l’utérus vers le vagin.

 

Troisième phase

Lorsque le fœtus a passé le col de l’utérus et arrive dans le vagin la mère présente des efforts expulsifs. Les efforts expulsifs de la mère sont volontaires, ils font intervenir la pression abdominale par contraction des muscles abdominaux.

 

 

50% des chatons se présentent par la tête et l’autre moitié par le siège. La chatte déchire et ingère les enveloppes amniotiques. La durée d’expulsion des placentas est variable et il est préférable de les compter afin de repérer une éventuelle, mais heureusement rarissime, rétention placentaire. La couleur du placenta est brun rouge. La consommation des placentas par la mère est nécessaire à la montée de lait car ils contiennent des hormones prolactiques.

L’expulsion des jeunes suit un rythme aléatoire : toutes les trois minutes à toutes les deux heures ! La durée totale de la mise bas est comprise entre une et huit heures. Des pauses de 24 à 48 heures (voire d’avantage) dues ou non à une superfécondation, peuvent cependant survenir. Puisque chez la chatte l'ovulation est provoquée par le coït, une chatte peut avoir une gestation avec deux séries de chatons d'âge différents, du même père ou de deux pères différents, ce n'est pas courant mais cela peut arriver.

 

Les chatons à la naissance portent sur eux une phéromone d'attachement, c'est au moment où la femelle lèche activement ses petits après la naissance que l'attachement mère chaton se met en place. C'est pourquoi la femelle a parfois du mal à s'attacher à ses petits s'ils sont nés par césarienne et qu'on les lui a rendu secs et propres.

 

 

Les accidents autour de la mise bas

 

Une rupture utérine peut se produire lors de la mise bas, surtout après l’administration d’ocytocine, notamment à des doses élevées (supérieures à 1 UI/kg) ou en dehors de ses indications. L’intervention chirurgicale doit être rapide car seule une rupture récente peut être suturée.

Les tissus maternels sont extrêmement fins et fragiles : toute traction sur un chaton engagé dans la filière pelvienne (au préalable entouré d’une compresse) doit accompagner les contractions de la mère en suivant un axe perpendiculaire à la colonne vertébrale de cette dernière.

 

Des pertes vaginales rouge sombre sont normales après la mise bas, mais un écoulement de sang rouge brillant indique une hémorragie post-partum. L’intervention du vétérinaire est alors nécessaire et cela se termine souvent par une laparotomie exploratrice.

 

Un prolapsus utérin (utérus qui ressort à la vulve) peut survenir dans les 48 heures qui suivent la mise bas. La réduction chirurgicale est possible mais l’avenir reproducteur de la chatte compromis.

 

 

Les accidents après la mise bas

 

 

Un écoulement vaginal malodorant, vert, gris ou brun peut indiquer une rétention fœtale, une rétention placentaire ou une infection.

 

L’éclampsie est une hypocalcémie périnatale, heureusement rare chez la chatte, qui apparaît dans cette espèce au cours des trois premières semaines de lactation. Les facteurs prédisposant sont notamment une alimentation périnatale inadéquate, une complémentation inappropriée en calcium (excès d’apport avant la mise bas) et une lactation exigeante.

Les signes cliniques sont la dépression, la faiblesse, la tachypnée et de légers tremblements musculaires. La chatte peut aussi présenter des vomissements, de l’anorexie, de l’hypothermie et autres symptômes de malaise. Seul remède, une perfusion intraveineuse de calcium au cabinet de votre vétérinaire.

 

 

 

Le chaton de la naissance au sevrage    

 

 

Le poids des chatons se situe entre 75 et 120 grammes à la naissance. Ils gagneront au moins 10 grammes par jour, en moyenne 100 grammes par semaine au cours des 6 premiers mois de vie. Le gain moyen quotidien doit être d’au moins 7 grammes par jour.

Les chatons d’un poids inférieur à 75 grammes nécessitent des soins et une surveillance particulière, leur taux de mortalité est élevé.

La mère joue un grand rôle pour stabiliser la température corporelle du chaton, hypersensible au froid, et augmenter le confort du nid.

 

 

 

Pendant les 24 à 72 premières heures qui suivent la mise bas le chaton tête le colostrum.

La consistance du colostrum est épaisse et collante, il est composé de nutriments, d’eau, de facteurs de croissance, d’enzymes digestives et d’anticorps maternels.

Tous les chatons doivent se mettre à téter rapidement après la mise bas, au plus tard dans les 6 à 8 heures qui suivent afin d’absorber correctement les anticorps colostraux. En effet, le transfert passif des anticorps à travers la paroi intestinale du chaton n’est plus possible 16 heures après sa naissance, ce qui est bien plus court que chez le chiot.

Les chatons qui n’ont pas pu absorber le colostrum ou le lait de chatte pendant cette période d’absorption sont immunologiquement affaiblis et sensibles aux infections et aux septicémies.

 

Les chatons qui ont faim, froid ou chaud manifestent leur inconfort en pleurant continuellement, ces chatons demandent une surveillance particulière.

 

 

Les principales causes de mortalité des chatons :

 

L’environnement et l’hypothermie. La température du nid doit être de 32°C, une pièce à 22°C et la présence de la mère permettent d’atteindre cette température.

 

Les anomalies congénitales souvent héréditaires mais pas forcément. Se méfier des médicaments pris par la mère pendant la gestation (la griséofulvine, les tétracyclines, certains anti-inflammatoires…) ou des infections qu’elle aurait pu contracter.

 

Si la mammite aiguë est facilement décelable, la forme chronique est plus difficile à diagnostiquer : la mère semble en bonne santé mais les chatons souffrent d’une gastro-entérite débilitante.

 

L’anémie hémolytique du nouveau né survient lors d’incompatibilité sanguine entre la mère et le chaton. Une femelle de groupe sanguin B, accouplée à un étalon de groupe sanguin A, peut produire des chatons A et leur transmettre par le lait des anticorps anti-hémolysine A. Les nouveaux nés concernés meurent après avoir présenté un ictère et une hémoglobinurie.

Heureusement le groupe sanguin B, donc l’anémie hémolytique, sont rares chez les Abyssins, Burmeses et Siamois.

 

L’infection ombilicale un chaton peut s’infecter au moment de l’accouchement par le cordon ombilical. Il développe alors un abcès du foie ou une péritonite qui entraîne son décès à l’âge de 15 jours ou 3 semaines. Si le cordon est coupé trop court par la chatte, un abcès de l’ombilic est possible quand ce n’est pas une hernie ombilicale.

 

Les infections diverses qui frappent surtout entre 3 et 7 semaines d’âge quand l’immunité maternelle décroît et quand le chaton entre dans le vide immunologique avant ses vaccins.

 

 

 

 

 

Le sevrage des chatons commence progressivement lorsqu’ils ont 3-4 semaines et se termine vers l’âge de 6-10 semaines. On ne sèvre pas complètement les chatons abyssins avant l’âge de 8-9 semaines. Ce sevrage plus tardif permet une plus longue phase de croissance sous allaitement et une maturation du système immunitaire, ce qui réduit leur mortalité dans la période de post sevrage.

Le sevrage peut représenter un événement stressant dans la vie du chaton. La transition à une alimentation autonome, la plus grande exposition à l’environnement et la disparition progressive des anticorps d’origine maternelle entraînent un affaiblissement des défenses immunitaires. Pour ne pas perdre des chatons à ce moment-là, il faut de bonnes pratiques d’élevage et une alimentation adéquate.

En début de sevrage proposer aux chatons des aliments humides ou secs humidifiés. La bouillie ainsi préparée doit être renouvelé 3-4 fois par jour pour rester fraîche. Pour éviter d’avoir à faire une deuxième transition alimentaire, il vaut mieux commencer tout de suite avec l’aliment de croissance que le chaton mangera après le sevrage.

A l’âge de 6 à 8 semaines la plupart des chatons sont capables de manger des croquettes non humidifiées ; il n’est donc plus nécessaire de ramollir l’aliment.

C'est au contact de leur mère que les chatons apprennent à manger autre chose que le lait, par un phénomène d'imitation, il en va de même pour l'apprentissage de la propreté. C'est aussi la maman chat qui leur apprend la chasse en ramenant à ses chatons des proies mortes, puis des proies encore vivantes. A 8 semaines le chaton sait chasser, il est donc autonome, pourtant pour une socialisation optimale à son espèce il est préférable de le laisser avec sa mère et sa fratrie jusqu'à l'âge de 10 - 12 semaines.

 

 

 

 

Sophie LAUBY, vétérinaire

Chatterie Des Terres de Brou

Élevage familial d'Abyssins